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Dmitry Babayev

Le fabricant et ses créations.

Dmitry Babayev

Dmitry Babayev est un fabricant de guimbardes de Barnaoul qui travaille à Saint-Pétersbourg. Au concours de fabricants de guimbardes à cadre arqué de Moscou en 2016, l’un de ses instruments a reçu la meilleure note générale des 82 participants : 8,895 points. Il a aussi pris la troisième place dans le registre aigu.

Le récit de l’artisan

Le témoignage est reproduit intégralement. Les mots comme « récemment » et « maintenant », ainsi que les autres repères temporels relatifs, renvoient à l’époque de sa rédaction.

J’ai découvert la guimbarde en juin 2002. Ce n’était pas notre première rencontre : vers 1999, j’en avais vu une pendant un voyage dans l’Altaï et l’objet m’avait beaucoup plu. « Voilà de quoi passer le temps », pensais-je, mais je ne me suis décidé à en acheter une que trois ans plus tard. Les guimbardes étaient rares à l’époque et très peu d’endroits en vendaient dans l’Altaï. Je n’en connaissais qu’un : un petit marché de souvenirs près de la route de la Tchouïa, à l’embouchure du ruisseau Arzhan-Suu. J’y ai acheté ma première guimbarde, un komus de Vladimir Potkin, d’un ancien modèle fabriqué, je crois, jusque vers 2000.

J’ai appris immédiatement, alors qu’on m’avait prévenu que ce serait difficile. Rien de difficile : un son dès la première frappe, et c’était parti, ou plutôt envolé !!! Dès le premier jour, j’ai rendu TOUT LE MONDE fou au campement. Je ne m’arrêtais pas une minute, je ne suis même pas venu dîner. Je jouais jour et nuit ; dans le bus PAZ qui traversait les montagnes, j’ai joué jusqu’à Barnaoul !

Je jouais énormément et emportais cette guimbarde partout. J’ai rapidement fabriqué un étui à couvercle pour qu’elle reste propre et protégée. Ni l’instrument ni l’étui n’ont malheureusement survécu. C’est à cette époque que j’ai découvert la musique de Bolot Bairyshev et Nogon Shumarov. Je les écoutais beaucoup et reprenais nombre de leurs mélodies.

J’ai découvert Shumarov dans le film pédagogique Le komus de l’Altaï : première rencontre. Vladimir Potkin y présentait son komus, tandis que Nogon Shumarov montrait différentes techniques. Je l’y ai vu avec un grand komus, une basse comme il disait. Le son de mon ami en laiton s’est aussitôt effacé devant ce géant. J’ignorais tout des khomus iakoutes, des dorombs hongrois et des guimbardes russes ; il y avait bien moins de fabricants. Je n’avais pas non plus Internet chez moi, et ces instruments n’étaient pas vendus dans l’Altaï. J’ai donc décidé de fabriquer un komus. C’était en 2003.

Ne trouvant aucune information pratique dans les bibliothèques, j’ai commencé à faire ce qui me venait à l’esprit. Ma première idée était de découper le cadre dans une tôle d’acier. Il y en avait justement une de quatre millimètres dans la remise. Je n’avais jamais travaillé le métal et ne savais pas comment m’y prendre : cela m’a pris TRÈÈÈS longtemps, et la guimbarde a été terminée au début de 2004.

J’ai fabriqué la languette avec une règle d’acier. Je ne peux dire qu’une chose : ne gâchez pas une règle, elle est plus utile entière que découpée en languettes. Son acier est trop faible et manque d’élasticité. Le son était agréable, mais très discret, et j’ai rapidement donné le komus.

Au printemps 2004, un Altaïen m’a parlé de la forge des khomus iakoutes. J’ai décidé d’en fabriquer, les pensant meilleurs. À peu près au même moment, j’ai découvert un véritable khomus iakoute de Burtsev, à languette fixée en trois ou quatre points. Cela a profondément changé ma compréhension du son et de la construction.

J’ai expérimenté la forge en chauffant une tige d’acier dans le poêle de la maison de mon arrière-grand-père. J’ai obtenu de grands instruments forgés, de plus de dix centimètres, massifs. Ils ressemblaient aux khomus, avec des cadres plus grands et plus épais. Aucun n’a survécu. J’ai offert le dernier à un ami de Moscou en 2007 ; il m’a dit avoir perdu ce cadeau un mois après.

De 2004 à 2006, j’ai travaillé sur les guimbardes avec mon ami Alexander Antonenko. Nous restons en contact. Il en fabrique aussi, rarement, mais veut en produire davantage prochainement. À la fin de 2007, après mon entrée dans une école de musique, j’ai arrêté et donné tous mes instruments. J’ai seulement gardé un komus Potkin offert par une parente, qui disait l’avoir reçu de Nogon Shumarov, qu’elle connaissait.

Une nouvelle étape a commencé en 2010, avec la rencontre de Nikolai Sobolev et l’acquisition d’un khomus d’Innokenty Gotovtsev. Six ans plus tard, je retrouvais une construction familière : comme ma première guimbarde, il était découpé dans une tôle d’acier. La différence était la fixation de la languette par soudage par résistance et la forme des branches, ces « ponts » comme Vladimir Potkin les a appelés, sauf erreur de ma part. J’avais scié l’ébauche des deux côtés, Innokenty Nikitich d’un seul.

Cela a révolutionné ma compréhension de la construction. J’ai choisi cette base, qui évitait de devoir installer une forge ! Un autre problème s’est aussitôt présenté : je n’avais pas de fraiseuse comme celle avec laquelle Gotovtsev creusait le logement de la languette. Nous avons imaginé une solution économique : le tailler à la meule électrique, puis le finir avec un outil rotatif.

À l’automne de cette même année 2010, j’ai imaginé plusieurs façons de plier l’anneau du cadre et fabriqué des instruments pliés et forgés. Ces expériences m’ont tellement absorbé que j’ai quitté l’école de musique pour me plonger dans l’étude du son de la guimbarde.

J’ai récemment déménagé à Saint-Pétersbourg pour apprendre la forge. J’ai dû laisser mon atelier dans l’Altaï, ce qui limite mes possibilités, surtout en quantité : il est difficile de fabriquer beaucoup de guimbardes dans un appartement loué, mais ce n’est qu’une question de temps. Je cherche maintenant à rendre mon travail plus efficace pour réduire le prix des instruments. Je développe aussi différents modèles.

Réponses au questionnaire

Que représente la guimbarde pour vous ?

Une activité que j’aime. Et simplement un morceau de métal qui ne produit aucun son sans l’être humain.

Quelles qualités doit avoir la guimbarde idéale ? Qu’est-ce qui compte le plus ?

Bonne question, réponse simple : l’harmonie. Tout doit s’accorder dans une guimbarde, et la personne qui en joue doit y trouver plaisir et joie.

Jouez-vous d’autres instruments ?

Oui : contrebasse, guitare, mandoline et toutes sortes de percussions, notamment le tabla indien. Je joue aussi du didgeridoo, et j’en fabrique également ))

À quoi vous intéressez-vous d’autre ?

À beaucoup de choses, trop pour les énumérer. Un point les réunit : la connaissance de soi.

Des recommandations, conseils ou souhaits pour les propriétaires de vos instruments, les joueurs et les autres artisans ?

Vivons tous en harmonie !

Informations complémentaires

Les archives du catalogue documentent une large gamme de son travail, des grands modèles médiums et graves aux basses et aux guimbardes mélodiques aiguës. Dans ses créations ultérieures, il a réduit les jeux et obtenu des harmoniques plus nettement définies.

Les instruments inspirés de découvertes archéologiques constituent une autre direction. Le cadre du « Kulya » du catalogue reprend le style des guimbardes du XIIIe siècle trouvées à Veliki Novgorod.

D’après des documents d’Oberton Pro et de Yakutia.Info.


Russie, Barnaoul, Altaï


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